Saint Jean Paul II aurait 100 ans

La foi inébranlable dans le Seigneur, la dévotion à Marie, le sens du sacrifice, l’engagement envers le prochain  au risque de sa propre vie. Karol Wojtyla les a éprouvés au sein de sa famille, puis  développés dans sa vie, et de façon extraordinaire, dans son pontificat.

Alessandro Gisotti – Cité du Vatican écrit :

“Dans son service au peuple de Dieu, saint Jean-Paul II était le pape de la famille.” Les paroles du pape François lors de la canonisation de Karol Wojtyla et d’Angelo Roncalli (Jean XXIII) le 27 avril 2014, prennent tout leur sens lors du centenaire de la naissance du saint pape polonais.

Célébrer sa naissance nous amène à  rencontrer sa famille et à essayer de découvrir quel était le «secret» de ses parents, dont la cause de béatification est en cours.

Il suffit de regarder la vie de sa mère Emilia et de son père Karol, (dont il a hérité le prénom), pour comprendre combien leur témoignage a marqué la personnalité du futur pape. Les piliers du ministère sacerdotal, puis pastoral de l’archevêque de Cracovie, et ensuite de l’évêque de Rome, ont été posés dès son enfance à Wadowice, ville proche de Cracovie, où il est né le 18 mai 1920.

«Sur ta blanche tombe s’épanouissent les fleurs blanches de la vie. Oh combien d’années ont déjà disparu sans toi, combien d’années?» Ces mots poignants, dédiés à sa mère dans un poème écrit à Cracovie au printemps 1939, soulignent le drame que représente pour le jeune Karol Wojtyla la mort de sa mère, survenue alors qu’il n’avait que 9 ans. Emilia, en très mauvaise santé, avait mené à son terme une  grossesse très difficile, que les médecins lui avaient déconseillé de poursuivre. Les neuf années qui ont suivi la naissance du petit Karol ont été ponctuées pour sa mère d’hospitalisations continues et d’un affaiblissement régulier jusqu’à la mort.

La défense passionnée de la vie humaine, surtout en condition de fragilité -un des traits distinctifs du ministère de Wojtyla a  trouvé une sève inépuisable dans son amour pour sa mère. Il est naturel de penser que la figure, qui lui est particulièrement chère, de Gianna Berretta Molla, que Karol Wojtyla a béatifiée en 1995 puis canonisée en 2004, lui a rappelé l’exemple de la mère qui, pour défendre la vie de son fils, a sacrifié la sienne. De manière significative, les habitants de Wadowice ont dédié à Emilia Kaczorowska Wojtyla une œuvre en faveur des femmes qui, malgré les difficultés, gardent le fruit de leur maternité: la Maison de Mère Sola. «Je suis reconnaissant, de ce grand don que sont votre amour pour l’homme et votre souci de la vie», déclarait Jean-Paul II, lors de sa visite sur sa terre natale en juin 1999. «Ma gratitude, relevait-il, est d’autant plus grande que cette maison porte le nom de ma mère Emilia».

Trois ans après la mort prématurée de sa mère, en 1929,  un autre deuil secoue la famille Wojtyla, en 1932 : la mort tragique, à seulement 26 ans, d’Edmund, contaminé alors qu’il soignait un malade atteint de scarlatine, une maladie qu’il était difficile de traiter à l’époque.

Sa figure exceptionnelle, mérite d’être évoquée aujourd’hui en cette période marquée par le dévouement de tant de médecins et d’infirmières qui risquent  leur vie pour soigner des patients atteints du Covid-19.

La mort d’Edmund, comme il l’a raconté de nombreuses années plus tard, a été un choc pour le futur pape.  L’exemple de ce «martyr du devoir» qu’était son frère est resté gravé à jamais dans la mémoire de Karol Wojtyla. C’est Edmund qui l’avait encouragé dans ses études, lui avait appris  à jouer au football et surtout s’en était occupé, avec son père, après la mort d’Emilia.

À seulement 12 ans, Karol se retrouve donc seul avec son père, soldat de carrière dans l’armée polonaise. Un homme bon et rigoureux, avec une foi inébranlable malgré les nombreuses tragédies personnelles qu’il a vécues. Il a «accompagné» son seul fils restant vers l’âge adulte. Il a consolidé sa personnalité en lui enseignant,  l’honnêteté, le patriotisme, et l’amour de la Vierge Marie qui deviendra une deuxième mère pour Karol Wojtyla.

«Mon père était admirable et presque tous mes souvenirs d’enfance et d’adolescence se réfèrent à lui», confiait Jean-Paul II lors d’une conversation à Rome avec son ami journaliste André Frossard.

Le Pape souligne ensuite que les nombreuses souffrances qu’il a vécues, au lieu de l’enfermer en lui-même, ont ouvert en lui «d’immenses profondeurs spirituelles». Dans le livre autobiographique Dono e Mistero, publié à l’occasion du 50ème anniversaire de son sacerdoce, il rappelle qu’avec son père «il n’était pas question de vocation au sacerdoce, mais son exemple pour moi était en quelque sorte le premier séminaire, une sorte de séminaire domestique».

Dans le livre-entretien ,” Traverser le seuil de l’espoir.” il se souvient que son père lui a donné un livre dans lequel il y avait une prière au Saint-Esprit. «Il me disait de la réciter quotidiennement», racontait-il à Vittorio Messori, «alors depuis ce jour, j’ai essayé de le faire. J’ai compris pour la première fois ce que les paroles du Christ à la Samaritaine signifiaient à propos des vrais adorateurs de Dieu, c’est-à-dire de ceux qui l’adorent en esprit et en vérité».

Les années de son adolescence à Cracovie ont été décisives, il y vivait avec son père, et il  étudiait à l’université lorsque l’occupation nazie survint.

Les souffrances de sa famille se sont mêlées à celles de la Pologne. En 1941,  à l’âge de 21 ans, il voit mourir son père, par une froide nuit d’hiver le 18 février. En ce jour très douloureux, Karol Wojtyla a perdu tous ses proches. Grâce à l’amour, à l’exemple, à l’enseignement des «saints» qu’ étaient ses parents et son frère, il sait qu’il y a une Espérance qu’aucune maladie et même la mort ne peuvent submerger.

Dans le long voyage de son existence, dans son pèlerinage  à travers le monde pour proclamer  l’Évangile, Karol Wojtyla a toujours eu sa famille avec lui. Comme sa mère, il a défendu la vie avec courage. Comme son frère, il s’est dépensé pour les autres jusqu’à la fin. Comme son père, il n’a pas eu peur, d’ouvrir, pour les autres, les portes du Christ.  

Petite vidéo de St Jean-Paul II