Faut-il communier à chaque messe ?

« Prenez, mangez, ceci est mon corps » (Mt 26, 26). Si Jésus invite instamment chacun à communier, les fidèles doivent-ils communier à chaque fois qu’ils vont à la messe ?

Est-ce « grave » de ne pas communier régulièrement ? Ou bien de communier “trop facilement” ?

« Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous », peut-on lire dans la Bible (Jn 6, 54). Mais doit-on toujours communier à la messe ? Dans le Notre Père, nous, catholiques, demandons de recevoir chaque jour ce Pain « super-essentiel ». Disons-nous cela machinalement ….ou le pensons-nous vraiment ? Il faudrait savoir !

Dans le discours sur le Pain de vie, Jésus compare la communion à son corps avec la manne du désert. La manne ayant été l’aliment quotidien des Hébreux dans le désert, de même, l’âme chrétienne pourrait se nourrir chaque jour du Pain céleste et en recevoir un réconfort…Le concile de Trente ( 1545 – 1563) souhaitait qu’à chaque messe les fidèles reçoivent le sacrement eucharistique, rappela avec force saint Pie X, dans le décret Sacra Tridentina  sur la communion fréquente (1905).

Ce même pape dénonça le « venin du jansénisme qui s’introduisit même parmi les bons, sous prétexte d’honneur et de vénération dus à l’eucharistie », qui éloigna les fidèles de la communion. En effet, le jansénisme imposait à chaque chrétien un si rigoureux examen de conscience avant la communion, associé à la crainte de ne pas être en état de grâce et d’offenser Dieu…qu’il devenait plus prudent de ne pas communier du tout. Blaise Pascal, à Port-Royal, fut attiré, quelque temps, par le jansénisme.

C’est le Christ qui, le premier, veut partager son corps eucharistique : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! » (Lc 22, 15). Communier, concluait le pape Léon XIII, c’est donc « réaliser un désir cher au cœur de Jésus », auquel doit correspondre notre propre désir, même imparfait.

La communion, une nécessité vitale

Sainte Gertrude d’Hefta vit un jour une sœur s’abstenir de communier. Elle demanda à Dieu : « Pourquoi, Seigneur, avez-vous permis que cette sœur ne vienne pas communier ? » Il lui répondit : « Est-ce ma faute si cette Sœur a si soigneusement baissé devant ses yeux le voile de son indignité qu’il lui a été impossible de voir la tendresse de mon amour paternel ? » La communion n’est donc pas une récompense pour bonne vertu, « c’est une nécessité vitale », comme l’affirme saint Pie X. Et d’ajouter, elle est nécessaire pour « recevoir la force de réprimer les passions, de se purifier des fautes légères, et de pouvoir éviter les fautes graves auxquelles est exposée la fragilité humaine ».

«Il faut faire de ce banquet eucharistique notre occupation continuelle pour nous préserver de la famine et de l’anémie de l’âme.»

La tradition orientale parle de communion « continuelle » : « Il faut faire de ce banquet eucharistique notre occupation continuelle pour nous préserver de la famine et de l’anémie de l’âme  », écrivait saint Nicolas Cabasilas (1322 – 1392).

Il convient cependant, pour recevoir Jésus-Hostie, de ne pas avoir commis de faute grave ou de ne pas être dans une situation où l’Église nous invite à nous confesser et à la pénitence. La communion de désir remplace alors, temporairement, la communion sacramentelle.

Les Pères du concile de Trente conjuraient alors les fidèles « par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu » de se mettre en état de recevoir souvent le corps du Christ grâce au sacrement de la réconciliation et à la conversion de vie.

Si notre communion est bien personnelle, elle n’est pas individuelle. Le cardinal Journet, un théologien suisse, invitait à prier ainsi : « Mon Dieu, je vais vous recevoir, mais pas pour moi seulement, pour tous ceux qui dans le monde ont faim de vous, peut-être sans le savoir ». Se priver de la communion, c’est aussi priver l’humanité de cette immense grâce.

Père Nicolas Buttet

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 article d’Aleteia du 6 août 2020