Fête de sainte Bernadette

Jeudi 18 février 2021

Avant les apparitions

Bernadette est souvent présentée comme une fillette pauvre, fragile (à 14 ans, elle mesure 1m 40).  ignorante, logée pauvrement au lieu dit le “Cachot”.

Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsqu’elle naît le 7 janvier 1844, au Moulin de Boly, alors prospère, elle est le premier enfant de François Soubirous et Louise Castérot qui se sont mariés par amour.

Bernadette Soubirous

Bernadette grandit dans une famille unie où l’on s’aime et où l’on prie. Dix ans de bonheur en ces années décisives de l’enfance vont forger sa forte personnalité et lui donner son équilibre. Cette richesse humaine persistera dans la misère qui suivra.

Malgré ses crises d’asthme, elle est d’une nature vive, volontaire, prompte aux réparties, incapable de dissimuler. Elle a de l’amour-propre,  la mère Vauzou, au monastère de Nevers, où ira Bernadette, dira d’elle: « caractère raide, très susceptible. » Bernadette se désolait de ses défauts et les combattait. Une forte personnalité mais inculte. Pas d’école pour Bernadette : il faut servir au cabaret de tante Bernarde. Pas de catéchisme : sa mémoire rebelle ne retient pas les formules abstraites. À 14 ans, elle ne sait ni lire, ni écrire et en souffre, elle se sent exclue.

En septembre 1857  en raison de sa santé, on l’envoie au bon air à Bartrès en famille, où elle s’occupera des moutons. Le 21 janvier 1858, Bernadette rentre à Lourdes pour préparer la première communion qu’elle fera le 3 juin 1858, durant les apparitions.

Les apparitions débutent le 11 février 1858. Ce jour là, pour aider ses parents, Bernadette va chercher du bois mort sur les berges du Gave.

 

Tout à coup elle entend un bruit « comme un coup de vent », et ressent  une présence lumineuse.

 

 

Sa réaction ? Elle fait preuve de bon sens : croyant se tromper, elle se frotte les yeux, essaie de comprendre et interroge  ses compagnes pour vérifier ses impressions : « Avez-vous rien vu ? ». Elle se tourne ensuite vers Dieu en priant son chapelet. Ensuite elle prendra conseil en confession auprès de l’abbé Pomian : « J’ai vu quelque chose de blanc ayant la forme d’une dame. »

Interrogée par le commissaire Jacomet, elle répond avec une fermeté qui surprend chez une jeune fille, et elle ose même protester : « Aquero, je n’ai pas dit la Sainte Vierge… Monsieur, vous m’avez tout changé ». Elle dit ce qu’elle a vu sans se soucier d’être crue ou pas : « Je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire. » point barre ! Elle a promis à la Dame de témoigner, et elle le fait ,  sans rien changer.

En raison de la rudesse de l’abbé Peyramale, il lui arrive de transiger  :” Monsieur le curé, la Dame demande toujours la chapelle… même « toute petite ». » Dans son Mandement sur les Apparitions, l’évêque du lieu, Mgr Laurence souligne « la simplicité, la candeur, la modestie de cette enfant… elle raconte tout sans affectation, avec une ingénuité touchante… et, aux nombreuses questions qu’on lui adresse, elle fait, sans hésiter, des réponses nettes, précises, empreintes d’une forte conviction ».

Elle est insensible aux menaces comme aux offres avantageuses, « la sincérité de Bernadette est incontestable : elle n’a pas voulu tromper ». Mais ne s’est-elle pas trompée elle-même… victime d’une hallucination ? Se demande l’évêque qui s’appuie tout de même sur le calme de Bernadette, son bon sens, le côté aléatoire des apparitions et l’invariabilité de son témoignage lors des nombreux interrogatoires. Mais c’est un autre élément, très important, qui a dû emporter la conviction de l’évêque: la petite Bernadette prétend avoir entendu la Dame  dire en patois local ” que soy era immaculada councepciou” , c’est à dire “ je suis l’Immaculée Conception” or cela n’a pu lui être appris au catéchisme, puisque ce dogme vient d’être proclamé à Rome, le 8 décembre 1854, par le pape Pie IX, et qu’on utilise  encore à Lourdes  les anciens  bréviaires et manuels de catéchisme. Surtout, il est évident qu’elle ne comprend absolument pas le sens cette phrase, apprise par coeur à la grotte pour être redite au curé.   En un mot:  “elle n'”a pas pu inventer” cette expression.

Devenue célèbre contre son gré, Bernadette, harcelée par les curieux, les journalistes est surtout convoquée devant des commissions d’enquête administratives et policières, très anticléricales à cette époque,  et, bien sûr, religieuses.  Une tempête médiatique s’abat sur elle. Droite et patiente, maniant parfois l’humour elle maintient sa version, que cela plaise ou pas. Elle ne cherche aucun profit: : « Je veux rester pauvre. » Elle ne bénit pas les chapelets qu’on lui présente : « Je ne porte pas l’étole. » Elle ne vend pas de médailles : « Je ne suis pas marchande. » Et, devant les images à dix sous qui la représentent, elle lance : « Dix sous, c’est tout ce que je vaux ! ».

Dans ces conditions, au Cachot la vie n’est plus possible, il faut protéger Bernadette. Le curé Peyramale, et le maire Lacadé se mettent d’accord : Bernadette sera admise comme « malade indigente » à l’hospice tenu par les Sœurs de Nevers ; elle y arrive le 15 juillet 1860.

À 16 ans, elle apprend à lire et à écrire. On peut voir encore aujourd’hui, à l’église de Bartrès, les « bâtons » tracés de sa main ! Par la suite, elle écrira souvent à sa famille et même au pape ! Elle rend visite à ses parents qui ont été relogés à la « maison paternelle ».

Elle soigne quelques malades, mais surtout elle cherche sa voie : bonne à rien et sans dot, comment être religieuse ? Finalement, elle entre chez les Sœurs de Nevers « parce qu’on ne m’y a pas attirée ». Dès lors, une vérité s’impose à son esprit : « À Lourdes, ma mission est finie. » Maintenant, elle doit s’effacer pour laisser toute la place à Marie.

La vie “cachée” à Nevers

C’est elle-même qui emploie cette expression : « Je suis venue ici pour me cacher. » À Lourdes, elle était Bernadette, la voyante. A Nevers, elle devient Sœur Marie-Bernard, la sainte. On a souvent parlé de la sévérité des supérieures à son égard, mais il faut bien comprendre que Bernadette était un cas : il fallait la soustraire à la curiosité, la protéger, et protéger aussi la congrégation.

Bernadette fera le récit des apparitions devant la communauté des sœurs réunies, dès le lendemain de son arrivée ; ensuite, elle ne devra plus en parler. On la gardera à la Maison-mère, alors qu’elle aurait tant aimé soigner les malades. Au jour de sa profession, aucun emploi n’est prévu pour elle : alors l’évêque lui donne « l’emploi de prier ». « Priez pour les pécheurs », avait dit la Dame.

Elle y sera fidèle. « Mes armes, écrit-elle au pape, sont la prière et le sacrifice. » La maladie fait d’elle un pilier d’infirmerie, et puis il y a ses interminables séances au parloir : « Ces pauvres évêques, ils feraient mieux de rester chez eux. » Lourdes est bien loin… ah….revenir à la grotte…..  Tous les jours, elle y fait son pèlerinage en esprit. Elle ne parlera pas de Lourdes, elle en vivra. « Vous devez être la première à vivre le message », lui dit le Père Douce, son confesseur.

Et, de fait, après avoir été aide-infirmière, elle entre peu à peu dans l’état de malade. Elle en fera « son emploi », acceptant dans un acte d’amour parfait toutes les croix, pour les pécheurs : « Après tout, ce sont nos frères. » Au cours des longues nuits sans sommeil, s’unissant aux messes qui sont célébrées dans le monde entier, elle s’offre comme une « crucifiée vivante » dans le gigantesque combat des ténèbres et de la lumière, associée, avec Marie, au mystère de la Rédemption, les yeux fixés sur le crucifix : « C’est là que je puise ma force. »

Bernadette meurt à Nevers, le 16 avril 1879, à l’âge de 35 ans.

L’Église l’a proclamée sainte le 8 décembre 1933, non pour avoir été favorisée d’apparitions, mais pour la manière dont elle y a répondu.