Quelques éléments de méditation sur la personne de St Joseph

à partir de “Patris Corde” du pape François

1. Un homme qui assume la réalité.
Le moins que l’on puisse dire, en effet, c’est que Joseph a dû assumer une réalité qu’il n’avait jamais imaginée. Il avait sans doute commencé à penser bien des choses auprès de celle qu’il chérissait déjà. Il avait sans doute formé dans sa tête et dans son cœur bien des projets, bien des rêves avec celle qui deviendrait son épouse et la mère de ses enfants. Et les choses, dès le
début, avant même qu’ils ne vivent ensemble, ne se sont pas passées ainsi.

La réalité, tout autre, a rattrapé Joseph.
Dès la naissance, Joseph est confronté à l’hostilité de ceux qui ne voulaient pas accueillir Marie prête à mettre au monde son enfant. Plus tard, face à la menace qui pèse sur l’enfant, Joseph doit fuir en Egypte sans trop savoir ce qui va se passer par la suite. Lorsque Jésus aura douze ans, ses parents connaîtront aussi l’angoisse de la disparition de l’enfant qu’ils ne retrouveront que trois jours plus tard, assis dans le Temple.

L’histoire de Joseph qui est aussi celle de Marie n’a rien d’un conte de fée. La réalité est marquée par des peurs, des incompréhensions, des doutes, des souffrances, des angoisses, des tempêtes.

Le Pape François écrit que Joseph est un père qui accueille. Il accueille cette réalité. Il se soumet aux imprévus. « Il laisse de côté ses raisonnements pour faire place à ce qui arrive et, aussi mystérieusement que cela puisse paraître à ses yeux, il l’accueille, en assume la responsabilité et se réconcilie avec sa propre histoire.»  Joseph n’est pas un homme passivement résigné. Il est fortement et courageusement engagé. » Joseph adhère au réel et à l’aujourd’hui ! Cela nous rejoint sans doute dans ce que nous vivons. La maladie ou le décès brutal d’un être aimé ; le projet professionnel que nous avions travaillé, désiré et qui ne se réalise pas ; le divorce qui arrive après des années de mariage ; les contrariétés diverses qui nous arrivent…Bien des choses qui pourraient nous faire baisser les bras et nous faire renoncer à poursuivre le chemin.

Le pape François écrit : « Il faut laisser de côté la colère et la déception, et faire place, sans aucune résignation mondaine mais avec une force pleine d’espérance, à ce que nous n’avons pas choisis et qui pourtant existe […} Dieu fait germer des fleurs dans les rochers. » C’est le réalisme chrétien écrit encore le pape.

2. Un homme qui s’ouvre à la volonté de Dieu dans l’obéissance
Joseph accueille cette réalité, non pas en la subissant mais en s’en remettant à la volonté du Seigneur. Le pape écrit : « Joseph nous enseigne ainsi qu’avoir foi en Dieu comprend également le fait de croire qu’il peut agir à travers nos peurs, nos fragilités, notre faiblesse. » Celles-là ne sont pas un obstacle au projet de Dieu pourvu que nous sachions les remettre au Seigneur.

Saint Joseph nous enseigne que, « dans les tempêtes de la vie, nous ne devons pas craindre de laisser à Dieu le gouvernail de notre bateau. Parfois nous voudrions tout contrôler, mais lui regarde toujours plus loin. »
Toujours dans son texte le pape François repart des 4 songes par lesquels Dieu parle à Joseph.

  • Le premier songe l’invite à accueillir Marie chez lui alors qu’elle est déjà enceinte et qu’il avait décidé de la répudier en secret. « Grâce à l’obéissance, il surmonte son drame et il sauve Marie. »
  • Le deuxième songe l’invite à fuir en Egypte avec Marie et l’enfant. Et Joseph
    n’hésite pas un instant. Sans trop savoir ce qui adviendra, il se lève et fait ce que l’ange lui dit. Et c’est ainsi qu’il sauvera l’enfant
  • Dans le troisième songe il fera le chemin inverse, à l’invitation de l’ange.
  • Enfin, alors qu’il est sur le chemin de retour, un quatrième songe l’oblige à changer de destination pour se retirer non dans son village d’origine mais à Nazareth.

Ainsi Dieu parle par des portes qui s’ouvrent, mais souvent aussi par des portes qui se ferment déjouant nos attentes et nos pronostics. C’est ainsi que Joseph va suivre, non sa volonté, mais la volonté de Dieu. Jésus a été à bonne école ! Joseph est à l’écoute de la volonté de Dieu.

Il se laisse conduire par l’Esprit de Dieu. Il a choisi de donner les rênes de sa vie à Dieu et à Dieu seul. Et c’est ainsi qu’il est pour nous un exemple. Dans une homélie Mgr Rey écrit cette parole pour moi lumineuse : « Joseph est pour nous le témoin d’un exode : celui d’un cœur qui affronte les tempêtes intérieures jusqu’au calme rivage de l’abandon filial. Il est l’icône d’un être réconcilié et disponible qui s’est remis entièrement entre les mains de Dieu.
Un être qui ne s’est jamais révolté contre les chemins mystérieux par où Dieu le fait passer. »
Il y a sans doute dans nos vies bien des choses que nous ne comprenons pas, ou même que nous n’acceptons pas. Et souvent ceci est le lieu d’une colère, d’une amertume,  d’un combat, qui, à force d’être ressassés, nous enferment, nous durcissent, nous isolent.

Le pape François écrit : « la vie spirituelle que Joseph nous montre n’est pas un chemin qui explique mais un chemin qui accueille ». C’est un chemin qui accueille ce qui n’est pas compréhensible dans le moment présent mais porte la certitude que Dieu n’en n’est pas absent. Mystérieusement son projet pour nous se poursuit car rien ne lui est étranger. Le pape écrit : « Une lecture superficielle de ces récits donne toujours l’impression que le monde est à la merci des forts et des puissants. Mais la bonne nouvelle de l’Evangile est de montrer comment, malgré l’arrogance et les dominateurs terrestres, Dieu trouve toujours un moyen pour réaliser son plan de salut. » C’est vraiment une attitude pleine de confiance à laquelle nous invite saint Joseph.

Résonne encore en moi la belle parole d’Isaïe : « Par la conversion et le calme, vous serez sauvés ; dans la tranquillité, dans la confiance sera votre force. » (Is 30, 15)

3. Un homme créatif et courageux mais aussi humble et silencieux
Accueillir la réalité qui nous arrive et nous abandonner au projet de Dieu dans la confiance ne signifie pas rester inerte, inactif en attendant “que ça passe” ou bien des jours meilleurs.
Nous voyons Joseph pleinement investi dans sa tâche et sa mission de père adoptif et d’époux aimant. Le pape écrit : « Devant une difficulté on peut s’arrêter et abandonner la partie, ou bien on peut se donner de la peine. Ce sont parfois les difficultés qui tirent de nous des ressources que nous ne pensions même pas avoir. »
Dans un ouvrage récent, le pape François invite, dans des circonstances qui pourraient nous conduire à baisser les bras, à fuir une réalité trop difficile ou encore  à tomber dans la désespérance, à nous concentrer sur les petites actions concrètes et positives que nous pouvons entreprendre, en semant de l’espoir ou en travaillant pour la justice. (in Un temps pour changer p. 31)

C’est bien ce que réalise Joseph en accueillant cette réalité qu’il n’a pas choisie et en s’y investissant pleinement.
A plusieurs reprises, il fait preuve de courage. Dans sa recherche d’un lieu pour que Marie puisse mettre son enfant au monde, on imagine Joseph si habile de ses mains réaliser le nécessaire pour le nouveau-né et son épouse. Courage aussi lorsqu’il se lève en pleine nuit pour fuir en Egypte et protéger l’enfant. Il a fallu qu’il élabore un plan, qu’il reste sur ses gardes tout au long du voyage, qu’il envisage les étapes, qu’il prévoie le nécessaire…Un tel voyage suppose une réelle organisation. Joseph y déploie son intelligence, ses compétences,
son savoir-faire et il surmonte sa peur. Même courage, même audace lorsqu’il choisira de se rendre à Nazareth à son retour pour éviter encore la menace qui pèse sur l’enfant.

Tout au long de ces années jusque dans l’éducation de Jésus, Joseph s’investit, se donne avec audace, avec courage, avec justesse. Le pape écrit : « Loin de nous de penser que croire signifie trouver des solutions consolatrices faciles. La foi que nous a enseignée le Christ est au contraire, celle que nous
voyons en saint Joseph qui ne cherche pas de raccourcis mais qui affronte “les yeux ouverts” ce qui lui arrive en en assumant personnellement la responsabilité. »
Il y a chez Joseph à la fois ce mélange de force qui lui permet d’être un homme d’action qui prend des décisions difficiles comme nous venons de le dire et d’autre part cette attitude faite d’humilité, de réserve, de retrait. Saint Joseph ne se met jamais en avant mais reste comme caché.

Il y a chez lui la force d’un homme d’action et une grande douceur et une grande délicatesse de cœur. Le pape François écrit : « Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insufflent l’espérance. (…) Nous pouvons trouver en saint Joseph l’homme qui passe inaperçu, l’homme de la présence quotidienne, discrète et cachée, un intercesseur, un soutien et un guide dans les moments de difficultés. Saint Joseph nous rappelle que tous ceux
qui, apparemment, sont cachés ou en deuxième ligne,  jouent un rôle inégalé dans l’histoire du salut. »

Mais n’est-ce pas cette attitude intérieure qui donne à saint Joseph cette fécondité, cette capacité et cette force ! Il y en a en effet certains qui font beaucoup de bruit, qui s’agitent mais qui ne produisent pas grand-chose de solide et de durable. Il y en a qui savent cultiver un silence intérieur propice à une action juste et constructive. Saint Joseph est de ceux-là.

Ce silence qu’il observe n’est pas une absence de paroles mais une plénitude de présence.

4. Conclusion

Joseph est tout donné à Jésus et pour Jésus jusqu’à s’oublier lui-même. Il renoncera même à retourner dans sa ville natale,  Bethléem pour vivre à Nazareth par souci de Jésus et de sa croissance.

Ce qui compte pour lui, c’est la vie de Jésus et de Marie, les protéger, les entourer, veiller sur eux, les aimer. Le bonheur de Joseph est dans le don de soi par amour. C’est là qu’il reçoit la joie véritable qui ne fait pas de bruit mais qui comble une vie.
Le pape écrit que « nous devons toujours nous demander si nous défendons de toutes nos forces Jésus et Marie qui sont mystérieusement confiés à notre responsabilité, à notre soin, à notre garde ». Saint Jean Paul II attribuait le titre de « défenseur de la vie et de son mystère » à saint Joseph.

Car le témoignage de saint Joseph est un encouragement en effet à prendre
nous aussi notre part de responsabilité pour la défense de la vie humaine. Et c’est ainsi qu’aujourd’hui, dans cette réalité qui est la nôtre, avec courage et audace, nous devons prendre soin de celles et ceux dont Jésus est le visage, les plus petits, les plus fragiles, les plus pauvres, les laissés pour compte, les isolés, les exilés…
Comment ne pas rendre grâce à Dieu pour cette proposition que le pape François nous fait en nous encourageant à approfondir cette belle figure de saint Joseph durant tout une année. Sa discrétion nous aurait presque fait oublier sa grandeur d’âme, son courage et sa foi.

Vraiment n’hésitons pas à le choisir comme compagnon de route, et par son intercession que nous puissions avancer nous aussi sur ce beau chemin de sainteté qu’il nous propose, non pas immédiatement un chemin de perfection, mais un chemin d’abandon confiant dans les mains de Dieu.

19 mars 2021
Père Mickaël Le Nezet

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