Homélies du Père Mickaël

DIMANCHE 19 MAI 2019 (5ème dimanche de Pâques)

  • 1ère lecture : Actes des Apôtres 14, 21b-27
  • Psaume : 144 (145) 8-9, 10-11, 12-13ab
  • 2ème lecture : Apocalypse selon saint Jean 21, 1-5a
  • Évangile : Jean 13, 31-33a. 34-35

Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres.” 

HOMÉLIE

Nous le savons bien, la vie chrétienne n’est pas l’assurance d’une vie sans souffrance, sans épreuve ou sans difficultés. La foi est parfois mise à l’épreuve nous interrogeant sur la bonté de Dieu, sur son amour pour nous. Les situations ne manquent pas de nous ébranler : la maladie, les échecs personnels, affectifs ou professionnels, la mort d’un proche sans compter les révélations des scandales qui ont eu lieu dans l’Église et qui interrogent sa fiabilité et sa capacité à être fidèle à la mission qu’elle a reçue du Christ. Les premières communautés chrétiennes n’ont pas non plus été épargnées comme nous le comprenons dans la première lecture. Paul et Barnabé exhortent la communauté à persévérer dans la foi malgré les épreuves et les tribulations. C’est le rôle des apôtres en effet d’encourager les disciples du Christ à demeurer dans l’espérance comme c’est le rôle des successeurs des apôtres de le faire encore aujourd’hui.

C’est ce qu’accomplit le pape François lors de toutes ses interventions ou encore dans ces écrits comme dans sa dernière exhortation : « Christus vivit » qu’il adresse particulièrement aux jeunes mais au fond à chacun de nous. Deux phrases ont retenu mon attention.

Le pape écrit : « dans les moments les plus tragiques, l’Eglise sent l’appel à retourner à l’essentiel du premier amour » (n°34), autrement dit à l’essentiel de notre foi. Et cet essentiel est une certitude, que le Christ est vivant, que le Christ est à l’œuvre encore aujourd’hui. Voilà pourquoi au moment le plus terrible de sa vie, alors que Juda, par son geste engage le processus d’arrestation du Christ, son jugement, sa condamnation et sa mise à mort, Jésus parle de sa glorification, de sa victoire sur le mal, sur la haine et sur la mort. Il proclame cette certitude, malgré les apparences, que la mort, la détresse, l’échec n’auront pas le dernier mort parce qu’Il en est sorti victorieux. Cette certitude, saint Paul la confessera lui-même en écrivant que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.

Voilà l’acte de foi et d’espérance que nous sommes ainsi invités à poser au cœur même des difficultés que nous pouvons traverser. « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ ». Le Christ est vivant et présent à nos côtés à tout moment de notre vie. Il marche avec nous, il nous accompagne et il nous soutient même lorsque parfois nous avons le sentiment qu’il nous a abandonnés. Et de savoir que, loin de nous laisser tomber, il se tient à nos côtés, cela nous redonne du courage et les forces pour traverser les épreuves et supporter les tribulations. N’oublions pas ses paroles que Jésus adresse aux disciples au moment de les quitter : « Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. » (Jn 16, 33) Telle est la gloire dont le Christ nous parle dans l’évangile, c’est à dire la manifestation de Dieu, sa présence au milieu de nous. Et lorsque cette présence est là, elle apporte la paix, la sérénité, elle redonne confiance, elle éclaire d’une manière nouvelle ce que nous vivons. « Voici que je fais toute chose nouvelle » nous dit le Seigneur dans le livre de l’Apocalypse.

Cette présence du Christ encore aujourd’hui vivant et agissant, elle se manifeste de bien des manières. Dans la Parole de Dieu qui parfois vient illuminer nos vies, apporter du réconfort et une paix intérieure. Elle se manifeste aussi, dans la vie sacramentelle reçue, l’Eucharistie qui vient nous donner des forces, la Réconciliation qui vient nous guérir, nous libérer, ou encore l’Onction des malades, tel un baume précieux qui vient redonner courage et paix à celui dont les propres forces viennent à baisser. Voilà des présences du Seigneur Jésus qui viennent redonner vie. Mais cette présence du Christ elle se manifeste aussi par la vie fraternelle, par la présence de frères et sœurs qui sont les membres du corps du Christ.

C’est la deuxième phrase du pape François qui m’a interpellé dans son exhortation apostolique. Il écrit en effet : « l’amour fraternel multiplie notre capacité de bonheur » (n°167). Et c’est ainsi que nous saisissons le commandement du Christ adressé à ses disciples au moment même où la petite communauté est ébranlée par la mort annoncée du Christ sur La Croix. « Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres ». Car c’est dans l’amour réciproque, dans l’attention aux autres, dans la vie fraternelle que le Christ se révèle aussi présent. Et nous le savons bien par expérience, il n’y a rien de plus réconfortant lorsque nous sommes éprouvés que la présence d’un frère ou d’une sœur à nos côtés. Une visite gratuite fait jaillir de la joie ou de la lumière dans une existence plongée dans la tristesse ou les ténèbres.

La vie fraternelle est précieuse, elle nous empêche de sombrer dans le désespoir, elle nous aide à aller de l’avant, elle nous pousse à sortir de nous-mêmes. La vie fraternelle est source de salut, source de vie et d’espérance. Juda, lui, écrit saint Jean, est sorti de la maison. Il s’est coupé de cette communion avec les apôtres et avec le Christ et c’est alors qu’il est entré dans la nuit. Et c’est alors qu’il s’est perdu.

Un chrétien isolé est un chrétien en danger disons-nous. La vie fraternelle est un remède pour tenir debout malgré les difficultés et les épreuves. Voilà pourquoi nous sommes invités à grandir toujours plus dans nos communautés chrétiennes dans cet esprit fraternel, dans cet esprit de communion.

Et voilà pourquoi le diocèse a voulu cette fête du 9 juin à la Pentecôte pour que dans ce temps fraternel nous puissions goûter cette joie du Christ présent au milieu de nous et ainsi être renouvelés dans nos vies, dans nos communautés, dans nos familles.

Frères et sœurs, le pape nous le redit dans cette belle exhortation : si le Christ vit alors il n’y aura plus de solitude ni d’abandon. Car il nous l’a promis, il sera avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. (n°125)

Père Mickaël, curé.

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