Homélies du Père Mickaël

Dimanche 26 janvier 2020 3ème dimanche du temps ordinaire-

” Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée.” Matthieu 4, 16

  • Lecture du livre du prophète Isaïe(8, 23 b-9,3)
  • Psaume 26 (27)
  • Lecture de la première lettre de St Paul  apôtre aux Corinthiens (1, 10-13. 17) 
  • Évangile de Jésus Christ selon St Matthieu (4, 12-23)

Homélie 

Dès le début de son ministère public Jésus fait un choix. Il quitte Nazareth mais pour rejoindre Capharnaüm, le carrefour des nations. Il aurait pu se rendre à Jérusalem, et pourtant, c’est loin du trône, loin du Temple, loin donc du pouvoir politique et religieux que Jésus s’installe. Il se rend en Galilée, une région plutôt considérée comme de seconde zone, peu civilisée, barbare, dépourvue de sainteté. Il choisit de descendre et de rejoindre ce peuple désigné selon Isaïe comme un peuple qui marche dans les ténèbres, un peuple qui habite le pays de l’ombre et de la mort. Il rejoint le monde, non pas le monde idéal, non pas un monde parfait, non pas un monde aseptisé, mais ce monde à la fois complexe et fragile, bouillonnant et en recherche. Dieu ne fuit pas ce monde, puisque, comme l’écrira saint Jean, Dieu a tellement aimé ce monde, qu’il a décidé d’envoyer son Fils unique pour le sauver et il le sauvera non pas de l’extérieur mais bien en y prenant toute sa place, en s’y mouillant, en s’y donnant jusqu’au bout par amour.

Au regard de ce monde dans lequel nous vivons nous aussi, nous pourrions être tentés de vouloir le fuir, tellement il nous dérange parfois et nous bouscule jusqu’à nous déstabiliser. Nous pourrions être tentés de lui faire la leçon tellement il nous semble parfois à l’opposé de nos valeurs et de nos repères. Nous pourrions même rêver d’un autre monde dès ici-bas, comme un monde parallèle et nous y enfermer par peur d’être nous-même contaminés par les idéologies que véhicule le monde actuel. La tentation est grande n’est-ce pas et certains pensent d’ailleurs que ce serait la solution. Cela me fait penser aux sages paroles du pape saint Jean XXIII à l’ouverture du Concile Vatican II : « certains, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse, de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités ; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés ; ils se conduisent comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre. »

Jésus non seulement décide de vivre au cœur de ce monde au point même qu’il sera accusé de fréquenter les infréquentables, des publicains, des malades, des possédés, des pécheurs mais il va même appeler des disciples à le suivre dans cette aventure et à devenir eux-mêmes, des pêcheurs d’hommes. Et c’est une invitation pour nous-mêmes, frères et sœurs. Nous voici appelés à la suite de notre Seigneur Jésus Christ à ne pas nous laisser enfermer dans nos cocons sécurisants, dans nos certitudes et nos préjugés, à ne pas faire de notre Eglise une forteresse coupée du monde, mais à vivre en disciple du Christ dans ce monde, à l’aimer comme Dieu l’aime, à le servir dans le Christ le sert. Et comment le sert-il ?

Jésus proclame l’Evangile du Royaume. Jésus offre une parole, sa Parole de vie capable de changer le monde en commençant par changer les cœurs. Sa Parole attirait les foules affamées. Sa Parole met en route les disciples qui osent le suivre comme dans l’évangile de ce jour. Sa Parole chasse le mal, redonne vie à ce qui est mort, relève l’homme à terre, libère les captifs. Sa Parole rend libre, profondément libres ceux qui l’accueillent. La Parole de Dieu crée la communion et apporte la joie. (Verbum Domini 123) Et c’est sans doute aujourd’hui ce dont notre monde a le plus besoin, d’une plus grande communion, d’une plus grande unité et d’une plus grande joie mais non pas cette joie d’un instant mais une joie profonde et durable. Le pape François dans sa lettre publiée à l’occasion de ce dimanche de la Parole nous rappelle que la Bible ne peut pas être seulement le patrimoine de quelques-uns et encore moins une collection de livres pour quelques privilégiés. Elle appartient avant tout au peuple convoqué pour l’écouter et se reconnaître dans cette Parole. La Bible est le livre du peuple du Seigneur qui dans son écoute passe de la dispersion et de la division à l’unité. La Parole de Dieu unit les croyants et les rend un seul peuple. (Aperuit Illis 4) Et cela prend sens en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

Si notre monde a besoin d’entendre cette Parole de vie qu’est Jésus Christ alors il nous faut faire en sorte que cette Parole puisse résonner dans le cœur de plus grand nombre. Et cette Parole résonnera si déjà nous en sommes remplis nous-mêmes. Le bienheureux Charles de Foucauld le disait si bien « une âme remplie de Jésus peut apporter le salut». Essayons frères et sœurs de prendre un peu de temps pour recevoir et goûter comme est bon le Seigneur dans sa parole. Et pensons que cette parole reçue est vraiment capable de changer nos cœurs, et alors de nous faire devenir des pêcheurs d’hommes. Lisez la Parole de Dieu comme si le Seigneur en personne la murmurait dans votre oreille. En fait c’est ce qu’Il fait vraiment ! Et nous verrons que les mots commenceront à réchauffer nos cœurs et nous apporter une grande joie et une grande paix. Et ce sera tellement bon que nous ne pourrons pas faire autrement que d’inviter les autres à faire cette même expérience vitale.

Voilà pourquoi, dans quelques semaines, nous vous inviterons à constituer des petites équipes autour de cette Parole ou à rejoindre des équipes existantes, comme les équipes liturgiques pour que cette Parole résonne vraiment dans le cœur du plus grand nombre et que chacun fasse l’expérience que cette Parole a en elle-même le pouvoir de transformer les vies. (CV 156) Amen

Père Mickaël, curé

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