Homélies du Père Mickaël

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (2, 1-11)

Tout ce qu’il vous dira, faites-le.” Jean 2,5

Homélie du 2ème dimanche Ordinaire

Ils sont assez rares ces moments où les évangélistes nous parlent de Marie, la « mère de Jésus » comme elle est ici appelée : « La mère de Jésus était là », « la mère de Jésus lui dit… », « la mère de Jésus dit aux serviteurs… » On perçoit la place importante que lui donne l’évangéliste saint Jean dans le début du récit des noces de Cana. Comme me le disait un jour un ami Gitan, la vierge Marie n’est jamais loin de son Fils. En fait Marie est toujours au milieu du peuple. Le Pape François écrit dans son exhortation Evangelii Gaudium que Jésus nous conduit toujours à sa Mère, il ne veut pas que nous marchions sans une mère. EG 285 Elle nous éduque, elle nous propose un chemin de vie, elle ouvre la voie des disciples missionnaires que nous sommes appelés à être.

La première chose qui m’interpelle c’est que Marie, tout en étant très discrète, se tient là, à Cana avec les invités de la noce, avec le peuple, et demeure très présente et attentive. Elle est toute tournée vers les autres. Elle a souci des autres avant d’avoir souci d’elle-même. Elle ne pense pas à elle lorsqu’elle va dire à Jésus qu’il n’y a plus de vin : elle pense aux invités de la fête. Elle perçoit ce qui risque de se passer en l’absence de vin : c’est la joie qui va manquer. Car, elle partage le désir de Dieu que la joie habite le cœur de l’homme.

N’est-ce pas en effet le propre de Dieu d’avoir souci de l’homme ? Marie partage ce souci de Dieu. Marie est femme d’humilité et d’attention marchant avec le peuple de Dieu, partageant ses peines, ses souffrances et ses épreuves. Elle est l’une des nôtres.

Chaque fois que nous regardons Marie, nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. En elle, nous voyons que l’humilité et la tendresse ne sont pas les vertus des faibles mais des forts, qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants.     EG 288 Marie est importante non parce qu’elle est la mère de Jésus mais d’abord et avant tout pour son attention aux autres et son souci des autres. N’est-ce pas une invitation pour nous-mêmes ? Le disciple missionnaire est invité à cette même bienveillance, à cette attitude intérieure d’écoute, d’attention qui suppose alors de sortir de soi-même, de son petit confort pour être attentif aux autres.

La deuxième chose qui m’interpelle, c’est qu’à peine a-t-elle perçu le problème qu’elle se précipite vers son Fils Jésus pour lui faire part de la difficulté : « ils n’ont plus de vin ». C’est dire sa confiance en son Fils Jésus. Elle, pour qui le Seigneur «  a fait merveille », (Luc 1, 49) sait déjà que son Fils accomplira le miracle.

Elle ne sait comment mais ce n’est pas son problème. Elle remet cela à son Fils avec foi. Marie est la femme de la prière confiante. N’est-ce pas là encore une invitation pour nous-mêmes ? Souvent, lorsque nous rencontrons une difficulté, une contrariété, lorsque nous vivons une épreuve ou ressentons une souffrance, nous nous trouvons désemparés comme perdus.

Nous nous battons comme nous pouvons avec cela sans trouver un peu de répit, de réconfort et d’espoir. Dans un moment d’incertitude, de tension même, à Cana, Marie, elle, va voir Jésus. Elle lui confie ce problème. Elle nous invite ainsi nous-mêmes à nous précipiter vers son Fils, à lui confier ce qui nous pèse, nous inquiète, nous trouble, avec confiance.

Elle nous invite à la prière. Quoi qu’il t’arrive, quoi que tu vives, dans ce que tu vis Marie nous dit, « va voir mon Fils, va prier Jésus, va lui dire ce qui ne va pas, ce qui est difficile, ce qui est douloureux ». Précipite- toi vers Jésus qui comprend ton cri, tes interrogations, tes doutes. Ce chemin que Marie nous propose est un chemin de fécondité.

Enfin, le troisième point, plein d’enseignement, c’est son rapport avec les serviteurs. On peut être surpris en effet que ceux-ci se laissent « commander » par une femme ! Ce n’était pas vraiment une habitude à l’époque.

Pourtant, ils lui obéissent. Car la servante du Seigneur (Luc 1, 38) ne pouvait pas ne pas être écoutée par eux. Elle était comme eux, non pas au-dessus d’eux. Elle était l’une des leurs. Servante parmi les serviteurs, sa parole pouvait alors être reçue et entendue. Et ils acceptent alors d’écouter Jésus, de prendre au sérieux sa Parole, de se laisser guider par Lui.

Cela est très intéressant et nous rappelle que l’annonce de la Bonne Nouvelle commence toujours par un lien d’amitié et de proximité. Une amitié réelle, désintéressée, sans condescendance, faite de confiance et d’estime profondes. Il nous faut aller vers les hommes. La tâche est délicate. Il ne faut surtout pas qu’en allant vers eux nous leur apparaissions comme une nouvelle espèce de compétiteurs. Nous devons être au milieu d’eux les témoins pacifiés du Tout Puissant, des hommes sans convoitises et sans mépris, capable de devenir réellement leurs amis. C’est notre amitié qu’ils attendent, une amitié qui leur fasse sentir qu’ils sont aimés de Dieu et sauvés en Jésus Christ. (In Sagesse d’un Pauvre d’Eloi Leclerc) C’est bien ce que fait Marie pour rendre alors audible la parole qui peut changer une vie : « Faites tout ce qu’il vous dira ». C’est le chemin de la mission, le chemin de l’amitié réelle.

Frères et sœurs, c’est un beau chemin que Marie nous offre à Cana. C’est le chemin du disciple missionnaire que nous sommes appelés à être : Il nous invite à l’attention aux autres et à la bienveillance dans l’humilité. Il nous invite à la prière confiante en Celui qui nous conduit sur le juste chemin (Psaume 23, 3). Il nous invite à entrer en amitié avec ceux qui nous entourent pour leur offrir alors Celui qui est le chemin, la vérité et la vie : le Christ venu pour nous sauver. « Sainte Marie, aide-nous à devenir ces disciples missionnaires pour ce monde ». Amen

Père Mickaël  Le Nezet

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