Homélies du Père Mickaël

Dimanche 11 novembre 2018 : 32ème dimanche ordinaire

Dans ma méditation de cette page d’Evangile, je me suis arrêté sur deux moments.

Saint Marc, écrit que Jésus s’était assis dans le Temple et qu’il regardait la  foule. Et Jésus ne va pas se laisser impressionner par les riches qui mettent beaucoup d’argent dans le tronc du Temple mais son regard va s’arrêter sur une pauvre veuve. Et j’ai pensé tout de suite au passage que nous lisons dans le premier livre de Samuel qui dit : «Les vues de Dieu ne sont pas comme les vues de l’homme car l’homme regarde l’apparence mais Dieu regarde au cœur. » 1 Sm 6,7 D’où l’avertissement au début de l’Evangile devant les scribes qui portent de riches vêtements et qui aiment se montrer, pavaner et occuper les premiers rangs. Jésus a cette capacité de regarder le cœur de l’homme et ainsi de le connaître vraiment. Souvent, nous nous arrêtons à l’apparence, au « on-dit », nous faisons notre jugement, négatif ou positif, sur des attitudes, une manière d’être, un style de vie…Ce n’est pas ainsi que Dieu regarde l’homme. Car la vérité de l’homme n’est pas dans l’apparence, l’éloquence, la prestance mais dans son cœur. Et pour connaître le cœur de l’homme il faut être capable de rencontrer l’autre, de l’approcher, de l’écouter vraiment et de le comprendre. Nous devons apprendre nous aussi à regarder ainsi celles et ceux qui nous entourent, à commencer par les membres de notre famille chrétienne. Le temps que nous vous proposons à la sortie des messes veut nous aider à cela. Nous ne savons jamais vraiment ce qu’il y a dans le cœur de l’homme.

Mais, ce regard que Jésus pose sur cette pauvre veuve souligne aussi que le regard de Dieu se pose toujours sur les plus pauvres, les plus fragiles, ceux qui n’ont pas eu tout bon dans leur vie. C’est par exemple sur Matthieu le publicain que son regard s’arrêtera. « Jésus vit, en passant, un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de collecteur d’impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » Qu’il est beau en effet ce regard de Jésus sur la veuve, sur Matthieu, sur ces hommes et ces femmes qu’ils croisent sur les routes de Palestine. Le Christ Jésus nous révèle ainsi la tendresse de Dieu notre Père face à notre pauvreté humaine. C’est un regard qui nous estime, qui nous considère, qui nous relève, qui nous guérit. Il nous est bon, de nous laisser ainsi regarder par Lui, de nous laisser aimer ainsi par Lui et de choisir alors nous aussi de nous regarder ainsi, les uns les autres. « Ayez-en vous les sentiments qui étaient dans le Christ » Ph 2, 5 écrit Saint Paul aux Chrétiens de Philippe.

Le deuxième moment que j’ai médité dans cette page d’Evangile sont les dernières paroles de Jésus concernant cette pauvre veuve. « Elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre » dit-il. Et j’ai pensé à cette parole de saint Paul dans sa lettre aux philippiens lorsqu’il dit de Jésus : « lui de condition divine se vida de lui-même, se dépouilla de lui-même, en prenant la condition de serviteur. » Ph 2, 6-7 Jésus voit dans cette femme, ce que lui-même va vivre quelques temps plus tard. C’est comme un geste prophétique que réalise cette femme. Elle anticipe ce que Jésus lui-même vivra au repas de la Cène jusque sur la Croix. Jésus va se donner tout entier, comme cette femme donne tout ce qu’elle a, tout ce qu’elle est. Ce n’est pas quelques pièces qu’elle donne mais bien sa vie, comme Jésus fera don de sa propre vive. Voilà la véritable offrande comme nous le lisons dans la lettre aux hébreux : « Tu ne voulais ni offrande, ni sacrifice alors j’ai dit : voici je viens pour faire ta volonté. » Hb 10, 7 Cette femme touche le cœur de Jésus, car elle lui ressemble au moment où il s’apprête à donner lui-même sa vie, toute sa vie, pour le salut des hommes. Comme lui, elle est entrée dans le mystère d’une vie entièrement donnée qui ne retient rien pour elle. Comme le Christ, elle ne retient pas son geste et dans une grande confiance, dans un abandon, elle se donne. Cela nous rappelle la parole de Jésus : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. » Mc 8, 35 C’est une invitation forte qui nous est faite aussi à nous aujourd’hui. Une vie repliée sur elle-même, tournée sur elle-même est une vie stérile. Elle ne produit aucun fruit. Une vie n’a de sens que lorsqu’elle se donne. Une vie féconde est une vie qui sort d’elle-même parfois jusqu’à s’oublier elle-même pour le bonheur de l’autre.

Comment ne pas entendre cela d’une manière forte en ce jour du 100ème anniversaire de la fin de la première guerre mondiale. Combien d’hommes, jeunes souvent, ont-été en effet jusqu’à ce don d’eux-mêmes, jusqu’à donner leurs vies pour le bonheur et la paix de leurs pays. Ils sont nombreux les récits de ces héros de la grande guerre qui par leurs gestes, leurs attitudes, leurs renoncements ont témoigné, au cœur même de cette tragédie, la force de l’amour, de la générosité, de la bienveillance, du service. Ils ont été les signes d’une espérance possible pour l’avenir au cœur-même de temps troublés et sombres. Ils sont un témoignage pour nous tous aujourd’hui et un appel dans les circonstances qui sont les nôtres à choisir nous-aussi, comme la pauvre veuve de l’Evangile et à la suite du Christ, à faire de nos vies une offrande d’amour capable de sauver le monde. Nous héritons de l’histoire de ces hommes ayant donné leur vie pour sauver le monde. Nous prions pour eux, pour notre pays et pour nous-mêmes, pour que nous sachions nous aussi prendre toutes nos responsabilités au service de la paix dans notre pays, en Europe et dans le monde. Amen

Père Mickaël Le Nezet

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