Homélies du père Mickaël

Dimanche 7 avril 2024 – 2ème Dimanche de Pâques – Dimanche de la Divine Miséricorde

“Alors Thomas lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu ! (Jean 20, 28)

  • Lecture du livre des actes des apôtres (4, 32-35)
  • Psaume 117 (118)
  • Lecture de la première lettre de St Jean (5, 1-6)
  • Evangile de Jésus Christ selon St Jean (20, 19-31)

Homélie

En ce dimanche de la divine miséricorde, je vous propose de nous arrêter sur cette belle figure de saint Thomas. Que savons-nous de lui et que peut-il nous dire encore aujourd’hui ? Dans l’évangile de saint Jean, il y a trois moments où il est fait explicitement mention de Thomas.

Le premier moment nous rapporte le désir de Jésus d’aller rejoindre Marthe et Marie qui viennent de perdre leur frère Lazare. Mais les disciples savent qu’en rejoignant Béthanie pour faire renaître Lazare à la vie, Jésus prend le risque d’être arrêté tout près de Jérusalem.

C’est alors que Thomas dit à ses condisciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » (Jn 11, 16) Cette parole exprime toute la détermination de Thomas à suivre Jésus jusqu’au bout. Il révèle sa totale disponibilité jusqu’à même identifier son propre destin avec celui de Jésus en voulant partager l’épreuve de la mort. Pour Thomas, c’est à la vie à la mort avec Jésus. (2 Co 7, 3) Il n’y a pas de demi-mesure. Thomas ne triche pas avec Jésus. A partir du moment où il a répondu à l’appel de Jésus, il veut aller jusqu’au bout en Lui demeurant fidèle quoi qu’il arrive. Ce doit être le désir de tout disciple du Christ. « Je te suivrai partout où tu iras. » (Lc 9, 57)

Mais le deuxième moment relaté par saint Jean dans l’évangile se passe au cours de la Cène, le dernier repas avec Jésus. A ce moment, Jésus annonce son départ imminent et ajoute alors à ses disciples : « Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Et c’est alors que Thomas intervient et dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jn 14, 4) Jésus répondra alors à Thomas et aux autres disciples : « Moi je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jn 14, 6)

Thomas, en demandant des explications à Jésus, reconnaît qu’il n’a pas tout compris. Il ose interroger Jésus en reconnaissant et sa difficulté à saisir ce que Jésus veut dire et plus profondément le projet même de Dieu en Jésus Christ. Son enthousiasme du début à suivre Jésus ne l’empêche pas de continuer de chercher à comprendre, de s’interroger. Sa foi en Jésus n’est pas faite que de certitudes. Il a aussi besoin de comprendre pour croire et il le reconnaît avec beaucoup d’humilité et de courage. Ce doit être encore l’engagement de tout disciple du Christ. « Comprendre pour croire. » La foi doit-être toujours en questionnement sinon elle s’éteint et se perd.

Enfin, le troisième moment est celui que nous avons lu dans l’évangile de ce jour. Mais ce moment de doutes exprimés est aussi grâce à Thomas d’une profondeur théologique. Si nous lisons bien, Thomas considère que pour lui, les signes caractéristiques de l’identité de Jésus sont justement ses plaies : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Pour Thomas, les plaies de Jésus expriment jusqu’où est allé l’amour de Jésus pour nous, à quel point il nous a aimés. Et si le ressuscité apparait ainsi à la résurrection c’est que pour Thomas, Jésus n’a pas fait semblant, Jésus n’a pas choisi le chemin de la facilité mais celui de la fidélité jusqu’au bout par amour, Jésus ne s’est pas écarté du vrai chemin. Il l’a assumé, il l’a supporté jusqu’au bout. Et c’est bien ce chemin de vie donné et d’amour offert qui est magnifié dans le ressuscité. Ces plaies viennent d’une certaine manière conforter Thomas dans sa foi et dans son engagement.

Ces plaies glorifiées viennent attester la résurrection du Christ et la véracité du chemin choisi par Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu » peut-il alors proclamer devant les autres disciples.

Ces trois moments dans l’évangile de Jean nous éclairent et nous enseignent. L’évangéliste saint Jean nous précise que le nom de Thomas signifie « jumeau » en araméen. Ce jumeau inconnu, c’est peut-être vous et moi.

 Ainsi, notre jumeau, Thomas nous réconforte dans nos incertitudes, dans nos doutes nous invitant alors à oser exprimer nos interrogations au Seigneur, à le prier tout simplement, à lui parler, à lui exprimer nos limites à comprendre et aussi à le suivre. Mais Thomas nous dit aussi que nos doutes, nos questionnements peuvent déboucher sur une issue lumineuse, sur une vérité et une compréhension plus grande et plus juste de la foi.

Il nous encourage alors à la patience et à la persévérance dans notre suite du Christ, malgré les difficultés et les épreuves. Celles-ci font partie du chemin de vie et de foi du chrétien. « Pour aller où je vais, vous savez le chemin » disait Jésus à Thomas.

Saint Thomas sera un grand évangélisateur de la Syrie, de la Perse jusqu’en Inde occidentale pendant 20 ans où il donnera sa vie comme martyr. Jésus n’a pas choisi les évangélisateurs les plus sûrs d’eux-mêmes, les plus fidèles, les plus forts. Il a choisi les plus aimants avec leurs limites, leurs fragilités, leurs infidélités certes, mais les plus aimants. Thomas, notre jumeau nous ressemble ainsi dans son amour du Christ mais aussi dans ses difficultés et son enthousiasme, dans sa raideur et dans sa ferveur. Alors frères et sœurs, dans nos petits coups de mou, demandons-Lui son aide, lui qui contemple avec tous les saints, son Seigneur et son Dieu. Amen.

Père Mickaël curé

Pour retrouver, télécharger et relire une des dernières homélies du Père Mickaël, cliquez ci-dessous, sur la date de votre choix  :