Homélies du Père Mickaël

Dimanche 9 mai 2021 – 6ème dimanche de Pâques

“Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés”. Jean 15, 12

  • Lecture du livre des Actes des apôtres (10, 25-26. 34-35. 44-48)
  • Psaume 97 (98)
  • Lecture de la première lettre de saint Jean (4, 7-10)
  • Evangile de Jésus Christ selon saint Jean  (15, 9-17)

Homélie

Ce dimanche, nous sommes encouragés à aimer, à nous aimer les uns les autres comme Jésus nous a aimés. Mais très vite nous faisons le constat qu’il nous est difficile d’aimer. Cet amour dont nous parle le Christ est un amour exigeant, crucifiant pourrions-nous dire.

Rappelez-vous ce que Jésus nous dit dans l’évangile de Luc : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut. » (Lc 6, 32-35) L’amour dont il est question ici n’est pas l’amour de sentiment que nous pourrions avoir ou ne pas avoir pour telle personne. C’est au grand amour que nous sommes convoqués par le Christ car, « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Cet amour, nous pouvons le contempler en la personne de Jésus car, écrit saint Jean dans la première lecture, c’est ainsi que s’est manifesté l’amour de Dieu parmi nous.

Un amour qui appelle à sa suite ceux, à commencer par ses propres disciples sur qui d’autres n’auraient jamais pariés.

Un amour qui sait être patient avec ceux, comme ses apôtres, qui sont bien lents à croire à ses paroles.

Un amour qui fait confiance.

Un amour qui accorde son pardon sans condition comme à cette femme adultère ou au larron sur la croix. Un amour qui se laisse approcher par les impurs, les pécheurs.

Un amour qui va prendre soin des malades, des possédés et des affamés.

Un amour qui se met à genoux, tel l’esclave lavant les pieds de ses disciples.

Un amour qui supporte les insultes, les menaces, et qui reste silencieux devant les fausses accusations.

Un amour qui s’abandonne dans les mains du Père.

Un amour qui se livre, qui se donne jusqu’au bout pour que l’homme soit sauvé.

Voilà le véritable amour, l’amour même de Dieu qui s’envisage en Jésus Christ. Et nous comprenons mieux en effet l’exigence demandée par le Christ nous appelant à nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés, de cet amour fou de Dieu.

J’ai le sentiment que si nous pensons y arriver par nous-mêmes, cela est peine perdue. Nous ne savons pas aimer, nous n’aimons pas assez, ou mal, ou trop…L’amour auquel nous sommes convoqués est trop exigeant pour qu’il dépende de nous. Et paradoxalement, cela est une Bonne Nouvelle. Car l’amour qui nous est demandé n’est pas affaire humaine mais affaire divine. Comme le dit saint Jean, ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu mais c’est lui qui nous a aimé le premier. (1 Jn 4, 10) L’amour vient de Dieu, l’amour est un don à recevoir pour nous permettre d’aimer comme Dieu nous aime.

Nous devons alors nous demander comment recevoir cet amour qui nous permet de nous aimer les uns les autres comme le Christ nous a aimés.

Il me semble que l’évangile du jour nous en donne une réponse, nous propose un chemin et, c’est encore un paradoxe, par la démarche de Corneille, non pas un juif scrupuleux, non pas un de ces premiers chrétiens convertis mais un centurion de l’armée romaine, un païen au sens de ceux qui adoraient les divinités païennes. Le récit que nous en donne le livre des Actes des Apôtres est éclairant.

Corneille est un homme humble comme nous le voyons, prosterné au pied de Pierre.

Il est en recherche, en attente venant jusqu’à Pierre pour le rencontrer. Il est tout à l’écoute de la Parole de Dieu comme nous le lisons en effet.

Et c’est alors que l’Esprit de Dieu, l’Esprit d’amour peut descendre sur lui et sa famille et les remplir de sa présence.

C’est donc à une attitude intérieure faite d’humilité, d’ouverture du cœur et d’écoute de Dieu que nous sommes encouragés. C’est à une conformité à la vie du Christ que nous sommes appelés comme Corneille recevant le baptême. Voilà le chemin qui rend possible la venue de l’amour de Dieu en nos cœurs pour aimer comme il nous aime. Car c’est bien Lui le Christ présent dans notre vie, pourvu que nous choisissions ce chemin, qui alors nous rend capables d’aimer, non pas nous mais le Christ en nous et rend possible ce qui jusqu’alors pouvait nous paraître impossible.

Ainsi, en nous invitant à demeurer en Lui comme il demeure en nous le Christ nous encourage.

Nous savons bien ce que cela signifie demeurer en lui : le contempler, l’adorer et l’embrasser dans notre rencontre quotidienne avec lui, dans l’Eucharistie, dans notre vie de prière, dans nos moments d’adoration ; et aussi le reconnaître présent et l’embrasser dans les personnes les plus nécessiteuses écrivait le pape François.

Nous pensions que la vie chrétienne consistait à sentir la sueur, c’est-à-dire l’effort permanent des sacrifices quotidiens, des bonnes actions journalières, alors qu’il s’agit plutôt de sentir la bonne odeur du Christ en le laissant nous rejoindre et nous transformer par sa vie adorée, contemplée et reçue.

 Le chemin qui ouvre à l’amour parfait, qui nous rend capables d’aimer comme il nous aime, qui nous permettra de réaliser de grandes choses, c’est le chemin de l’amitié avec le Christ, une amitié réelle, sincère, fidèle et passionnée. C’est le chemin de l’humilité, de l’abandon confiant à plus grand que nous.

Que l’Esprit Saint suscite en nous le désir de toujours grandir dans cette amitié. Amen

Père Mickaël, curé

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