Homélies du père Mickaël

Dimanche 9 juin  2024 – 10ème  dimanche du temps ordinaire.

« C’en est fini de Satan »

  • Lecture du livre de la Genèse (3, 9-15)
  • Psaume : 129 (130)
  • Lecture de la lettre de St Paul apôtre aux Ephésiens ( 3, 8-12. 14-19)
  • Evangile de Jésus Christ selon St Marc  (3, 20-35)

Homélie

A la lecture de l’évangile, on prend conscience de la situation compliquée dans laquelle se trouve Jésus. Jésus dérange. Jésus fait peur. Jésus bouscule son auditoire. Et la réaction d’ailleurs ne tarde pas à venir puisque ses proches veulent le faire passer pour fou : «      Il a perdu la tête » disent-ils. D’autres veulent faire croire qu’il est possédé par Satan, par le Malin. D’autres enfin, et pas des moindres, sa propre famille, veulent l’arrêter et l’enfermer.

Nous sommes presque au début de l’évangile de Marc, au chapitre 3, et déjà Jésus doit faire face à l’hostilité des autorités religieuses et même à celle de ses proches qui ne le comprennent plus. Quels sentiments doivent habiter le cœur de Jésus à ce moment-là ! Il n’est pas reconnu dans sa mission. Il n’a pas la confiance de ceux sur qui il devrait pouvoir s’appuyer. Sentiments peut-être de solitude, de découragement, de colère, une sainte colère pour Jésus. Et je me dis que sans doute, certains, affirmant leur attachement au Christ, leur foi en Lui, peuvent aussi faire face encore aujourd’hui à de telles réactions de leur entourage qu’il soit familial, professionnel ou amical. S’engager à la suite du Christ, confesser sa foi en Lui, c’est prendre un risque, celui d’être incompris, moqué, jugé, mis de côté, comme Jésus.

Dans de telles circonstances, « Il ne peut pas tenir ». Par trois fois Jésus use de cette expression dans ce passage d’évangile. Comment en effet le Christ peut-il tenir dans une telle situation ? Comment peut-il continuer d’avancer face à une telle hostilité ? Comment peut-il être fidèle à sa mission devant une telle opposition ? Et nous aussi comment tenir dans la foi lorsqu’on se moque de nous, lorsqu’on nous discrédite, lorsqu’on se sent attaqué dans nos convictions, dans notre suite du Christ ? Mais comment tenir dans la foi lorsque les épreuves, les difficultés viennent la bousculer, l’interroger, la mettre en doute ?

Il s’agit , nous dit Jésus dans l’évangile, d’être un homme fort et bien armé. (Lc 11, 21) Mais il ne faudrait pas se méprendre sur cette image de l’homme fort. Saint Paul dira lui-même que c’est quand il est faible qu’il est fort. Ou encore que la puissance de Dieu se déploie dans sa faiblesse.

Etre un homme fort non pas en nous appuyant sur nos propres forces bien limitées mais en nous appuyant sur Dieu lui-même, en nous tournant vers Lui, en faisant avec Lui qui seul est en effet capable de nous donner ses propres forces, ses propres armes pour nous aider à tenir. Ne faisons pas sans Dieu, n’avançons pas sans l’appeler, sans nous confier à Lui, nous recevrons alors ses grâces nous rappelle saint Paul dans la deuxième lecture capables de renouveler notre être intérieur, ce que nous sommes vraiment et nous faire ainsi tenir debout.

Ses grâces, qui nous aident à tenir, c’est déjà la communauté des frères et des sœurs, l’Eglise inaugurée par le Christ. Non pas la vie mondaine et superficielle mais la vie fraternelle, la vie de communion où on se soutient, où on prend soin les uns des autres, où on se sent écouté, respecté, aimé pour ce qu’on est, comme on est. L’Eglise, la communauté humaine que nous formons et au milieu de laquelle le Christ est présent, voilà ce qui nous est donné pour tenir dans la foi et avancer toujours dans l’espérance.

Comment vouloir tenir en ne s’appuyant que sur nous-mêmes quand des frères et des sœurs nous sont donnés comme une famille, la famille de Jésus, pour grandir dans la foi et avancer avec confiance ? Ne nous privons pas de cette grâce bienfaisante. Ne nous coupons pas de ce soutien d’une communauté unie et fraternelle. Ses grâces, qui nous aident à tenir, c’est encore tout ce que Dieu veut nous donner pour affermir notre être intérieur, pour, comme l’écrit saint Paul, que notre être intérieur se renouvelle de jour en jour.

Un prêtre italien, Antonio, a fait le buzz récemment dans une prédication efficace en fustigeant le « train de vie désordonné » que l’on peut avoir tendance à mener, et invitant alors les fidèles, tout simplement, à « prendre soin de soi » avec des conseils pratiques, pleins de bon sens : « Prenez soin de vous ! Alimentation, sport, relations saines, lectures utiles. Arrêtez de regarder des conneries sans valeur qui vous projettent dans la violence sur Internet. Lisez, priez ! » Prenons soin de notre être intérieur, en le nourrissant des bienfaits que Dieu nous donne, l’Eucharistie, cette nourriture essentielle qui nous transforme en Lui, le sacrement du pardon qui nous rend plus léger, mais aussi sa Parole, la prière qui nous permet de demeurer en Dieu chaque jour, mais encore les témoignages de croyants qui nous ont précédés dans la foi, les saints et les saintes de Dieu et qui nous tirent vers le haut et le meilleur. Voilà encore ce qui nous permet de tenir malgré l’épreuve du temps, les épreuves de la vie, les difficultés rencontrées : prendre soin de notre être intérieur, de notre âme. Voilà ce qui nous permet de demeurer quoi qu’il arrive dans la paix, la sérénité et la confiance.

« Où es-tu donc ? » demande Dieu à Adam. Oui, frères et sœurs, où en sommes-nous de notre engagement à la vie communautaire et fraternelle, au sein de l’Église que nous offre le Seigneur ? Où en sommes-nous du temps et des moyens que nous prenons pour soigner et embellir notre vie intérieure ? Comment prenons-nous soin de nos âmes ? Attachons-nous donc à ce qui est éternel et non éphémère, à ce qui est essentiel et non superficiel. Notre épanouissement est à ce prix. Amen

Père Mickaël

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